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LES DERNIERS JOURS DE L’INDÉPENDANCE DE LA BRETAGNE

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LES DERNIERS JOURS DE L’INDÉPENDANCE DE LA BRETAGNE

(3 janvier-4 août 1789)

 

 Au cours de la célèbre nuit du 4 août 1789, un député rennais du nom d’Isaac Le Chapelier réclama l’abolition des droits de la province de Bretagne. Depuis le traité d’union de 1532, la Bretagne était restée indépendante avec ses États, mais la révolution lui fera perdre ses privilèges et la reconnaissance de son particularisme.

« Les gens reconnus comme sages sont désolés et regardent cette assemblée (les États Généraux annoncés pour le mois de mai) comme le tombeau de la Constitution des États de Bretagne » annonçait, fin avril dans une lettre adressée à Necker, le nouvel intendant Dufaure de Rochefort. « Les personnes raisonnables qui n’ont pu se faire entendre à l’Assemblée pensent que le parti qu’elle a pris doit entraîner la chute de leur constitution », ajoute de son côté le comte de Thiard, lieutenant du roi pour la province. Comment en était-on arrivé là ?

 La rupture tragique : patriotes bretons et français

Le 7 janvier, aux termes d’un arrêt du Conseil du 3 janvier, les États étaient suspendus et les députés du Tiers invités à se retirer dans leurs villes respectives afin de recevoir de leurs commettants de nouveaux pouvoirs. Le procureur syndic M. de  Botherel protesta contre cette décision. En vain l’évêque de Rennes (clergé) et le Comte de Boisgelin (noblesse) s’efforcèrent de faire revenir le tiers sur sa décision. Ses membres virent dans le serment de l’ordre de la noblesse (M. de Guer) de refuser de participer à aucune assemblée (ou administration) par laquelle on voudrait remplacer les États, la volonté de ne jamais accepter aucune des réformes demandées.

Les nouveaux députés du tiers étaient invités par le Roi à se réunir à l’Hôtel de Ville de Rennes pour s’y concerter et choisir librement leurs représentants, un nombre double de celui de leurs députés ordinaires. Loin de produire l’apaisement escompté, cette concession ne fit qu’exciter les esprits. S’estimant humiliée la noblesse décida d’organiser une contre manifestation. Le matin du 26 janvier, quelques centaines de personnes réunies au Champ de Montmorin (1) clamaient bruyamment leur opposition et se dirigeaient vers le Palais du Parlement où une protestation du « peuple » en faveur du maintien de l’ancienne constitution bretonne était accueillie favorablement par les représentants de la Cour (2). Des accidents  sanglants ayant  marqué  la  journée du lendemain, on apprit que la jeunesse nantaise « patriote » était prête à porter à porter secours à « ses frères » rennais injustement attaqués. Le comte de Thiard obtint cependant que les Nantais déposent leurs armes avant d’entrer dans la ville où ils demeurèrent cependant jusqu’au 6 février.

 Préparation aux élections en Bretagne

Jusqu’alors c’était au sein de l’Assemblée des États de Bretagne (où on votait par ordre) qu’avaient été désignés les représentants de la province aux États Généraux. Devant les réticences du Tiers et du Bas Clergé breton, un règlement spécial, en date du 16 mars 1789, venait faire connaître les conditions dans lesquelles devaient se dérouler les élections. Le tiers État était convoqué par sénéchaussées. Celles-ci feraient procéder à la rédaction, paroisse par paroisse des cahiers de doléances et à l’élection des députés du Tiers. Six d’entre elles seulement étant admises à députer directement aux États 3, les autres, plus petites, se réuniraient par arrondissement, sauf à convenir de la répartition des 44 sièges. La Noblesse bretonne était convoquée à Saint-Brieuc le 16 avril pour rédiger son cahier et y élire ses députés au nombre de 22. Seuls seraient appelés à participer à cette     assemblée les gentilshommes ayant 25 ans d’âge et pouvant faire preuve d’un siècle de noblesse aux termes du règlement de 1736. Du côté du clergé, les membres du Bas Clergé (seulement) réunis en assemblées diocésaines désignaient le 20 avril leur propres députés aux États Généraux.

Dans les paroisses rurales, les opérations pré-électorales se trouvaient compliquées d’un degré. Dans d’autres villes, en effet, l’assemblée électorale ne comprenait que les députés de diverses corporations, chacune d’elles étant admises à rédiger un   cahier particulier. Dans les assemblées de sénéchaussées où se réunissaient ensuite les unes et les autres, les divers cahiers des paroisses et des villes étaient fondus par leurs soins en un cahier unique. Dans quelle mesure ces derniers cahiers (dits du TiersÉtats de la province) représentaient-ils les revendications des habitants des campagnes ? Il est permis d’en douter. Il est indéniable que certains hommes de loi jouèrent, dans leur rédaction, un rôle prépondérant.

 

Les cahiers de doléances – Le rôle des comités de correspondance

 La plupart de ces cahiers s’inspiraient, en effet, du texte des Délibérations du Tiers de Rennes des 23 -27 décembre 1788, rédigés à l’occasion de l’ouverture des États de la province auxquelles n’avaient pas tardé à s’adjoindre les Charges d’un bon citoyen des campagnes (4 )(censés refléter en bloc les aspirations de ces derniers 5 ). Se référant aux questions politiques et à la réforme de la Constitution, elles réclamaient à l’unanimité, avec l’égalité des impôts et une égale représentation avec les deux autres ordres, l’abolition des privilèges féodaux liés aux justices seigneuriales. Toutefois il s’en fallait de beaucoup qu’ils réclament l’abolition des antiques privilèges politiques de la Bretagne inscrits dans le contrat de mariage de la duchesse Anne (et le pacte d’Union de 1532).

 Le 17 avril, la noblesse et le haut clergé avaient pris la décision de n’envoyer aucun député aux États Généraux. Le Parlement de Bretagne s’était solidarisé avec les deux ordres, demandant que toutes les réformes envisagées soient votées par les États Réunis, conformément à la Constitution Bretonne.

 « Les députés, aux États Généraux, veilleront à la conservation de tous les droits de la province de Bretagne, résultant des conditions du contrat d’Union…. et ne pourront donner aucun consentement qui puissent porter attente à ces droits, au contraire protesteront contre ce qui sera statué au préjudice des mêmes droits » lit-on dans le cahier de vitré. On trouve mention de pareilles stipulations dans les cahiers de la sénéchaussée de Quimper et dans celle de Concarneau…

 Nous avons tous à la mémoire le rôle prépondérant joué à la Constituante par les 44 députés bretons du Tiers : Le Chapelier, Lanjuinais, Defermoi, autant de noms glorieux qui resteront attachés à la fondation à Versailles du fameux Club Breton, ancêtre de celui des Jacobins.

 Le Chapelier sera élu président de l’assemblée. C’est lui qui siègera au cours de la fameuse nuit du 4 août où on vit les députés des villes et des provinces se dépouiller dans le délire. Les députés bretons, se prévalant de la générosité supposée de leurs commettants, ne trouvèrent rien de mieux que d’offrir les libertés de la Bretagne, reconnues par nos rois, sur l’autel de la patrie française…

Ce jour-là le comte de Mirabeau (contrairement à son fils le fameux vicomte) avait soutenu l’inexistence de ces droits. L’abbé Maury, dans un discours célèbre s’était élevé, répondant que les droits des Bretons aussi sacrés que des contrats, ne devaient point être confondus avec les privilèges. « Est-il vraisemblable qu’ils soient disposés à doubler le prix de leur contribution ? » (Bothorel)

« Les corps ont des privilèges, les nations seules ont des droits » répondait le 8 janvier 1790 à l’abbé de Montesquiou, le président de la chambre des Vacations du Parlement de Bretagne, seule en fonction après la dissolution annoncée du Parlement de Bretagne. Celle-ci ne devant pas lui survivre. Le 16 janvier 1790, une nouvelle Chambre des vacations    venait le remplacer jusqu’à la suppression définitive du Parlement de Bretagne lui-même (le 6 septembre 1790), ses anciens membres avaient refusé d’y siéger à l’exception du Président de Talhouët (tout dévoué aux idées nouvelles). « La Bretagne, a écrit l’orléaniste Thiers, était le seul pays qui n’avait rien à gagner à la Révolution ». Ne faut-il pas minimiser moins la fierté des anciens   ordres que l’orgueil et des gens du Tiers qui préféraient sacrifier les intérêts et  de la Bretagne à ses propres ambitions patriotiques!

 

Michel DUVAL

1 Aujourd’hui Champ de Mars.

2 Pocquet. Les origines de la  Révolution en Bretagne, tome II, pp. 249-262

3 Elles étaient en effet de dimensions très inégales (cf. Atlas Historique de la Bretagne)

 

LA BLANCHE HERMINE  N° 102

2017  royalistesbretons